Le vilain petit metalleux

Que la campagne était belle ! On était au milieu de l’été, les blés agitaient des épis d’un jaune magnifique, l’avoine était verte, et dans les prairies le foin s’élevait en monceaux odorants. Autour des champs et des prairies s’étendaient de grandes forêts coupées de lacs profonds. (mais pas un seul fest dans le coin !)

Oui vraiment, la campagne était bien belle. Les rayons du soleil éclairaient de tout leur éclat un grand domaine entouré de larges fossés et de grands arbres dans l’immense parc. Il était si grand que les enfants pouvaient se cacher dans de nombreux endroits, et qu’on pouvait y trouver une solitude aussi sauvage qu’au centre de la forêt (je sais c’est un peu long, mais il faut bien poser l’ambiance alors que ça sert à rien en fait).

Dans une de ces propriétés, une mère de famille avait établi son foyer et couvait ses enfants. Il lui tardait bien de voir ses petits grandir. Elle ne recevait guère de visites, car les autres aimaient mieux faire du shopping en ville que de venir jusque sa demeure pour papoter avec elle.

Enfin, les enfants commencèrent à grandir les uns après les autres, on entendait swag, lol, yolo ... C’étaient de jeunes adolescents qui vivaient et tendaient leur cou au-dehors. Rap-rap, dirent-ils ensuite en faisant tout le bruit qu’ils pouvaient. (Là, j’y suis pour rien, c’est la phrase du texte d’origine si, si)

Ils regardaient de tous côtés sur l'internet de leur ordinateur et leur smartphone, et la mère les laissa faire
Que le monde est grand ! dirent les adolescents à l’endroit même où ils se trouvèrent au sortir de leur chambre.
Vous croyez donc que le monde finit là ? dit la mère. Oh non !, il s’étend bien plus loin IRL, des grandes villes jusqu’aux pays étrangers, mais je n’y suis jamais allée.
Êtes-vous tous là ?
continua-t-elle en se levant. Non, un des adolescents n’était pas encore sorti de sa chambre : Dieu ! Que cela dure longtemps ! J’en ai assez. (En fait, elle était en train de penser "j’espère qu’il n’est pas en train de se branler")

Et elle se mit à l’attendre, mais d’un air contrarié.
Eh bien ! Comment cela va-t-il ? dit une voisine qui était venue lui rendre visite.

La mère était un peu désemparée
Il n’y a plus que celui-là que j’ai toutes les peines du monde à faire sortir. Regardez un peu les autres !
Ne trouvez-vous pas que ce sont les plus gentils petits adolescents qu’on ait jamais vus ?
Ils ressemblent tous d’une manière étonnante à leur père, mais ce salaud ne vient pas même me voir.
(sans parler de la pension alimentaire à priori)

Appelez au téléphone cet adolescent qui ne veut pas sortir, dit la vieille, je vais vous dire ce qu’il en est
Après quelques minutes, la voisine expliqua :
C’est un échange à la maternité, vous pouvez me croire !. Moi aussi j’ai été trompée une fois comme vous. J’ai eu toute la peine possible avec le petit, car tous ces enfants permutés ont affreusement peur de tout. Je ne pouvais parvenir à le faire sortir de sa chambre. J’avais beau le pousser à l’extérieur et marcher devant lui, rien n’y faisait (en même temps, quel ado accepterait d’être vu avec ses parents dans la rue ?). C’est bien certainement un enfant échangé. Laissez-le là, et apprenez plutôt aux autres enfants à vivre en société.
- Non, puisqu’il est ici depuis sa naissance, je puis bien rester à le garder jusqu’à sa majorité
, répondit la mère des enfants.
Comme vous voudrez, répliqua la voisine et elle s’en alla.

Enfin, l’ado sorti de sa chambre et dit Beuarggg. Comme il était grand et vilain avec ses cheveux longs, une barbe naissante et habillé tout en noir !

Sa mère le regarda et dit :
Quel étrange adolescent. Il ne ressemble à aucun de nous. Serait-ce vraiment un bobo??? ?
Ce sera facile à voir : il faut qu’il kiffe d’être dans un festival, quand je vais l’y traîner.

Le lendemain, il faisait un temps magnifique : le soleil rayonnait sur la campagne. La mère des adolescents se rendit avec toute sa famille au festival sponsorisé par la radio FM ou la mère travaille. Elle vérifia être bien sur la guest-list et entra la première. Chacun des adolescents entra l’un après l’autre. Ils furent fouillés et palpés par la sécurité et bientôt ils reparurent à l’entrée du festival et cherchèrent les main-stage avec rapidité. L’adaptation se fit rapidement, et tous se réjouissaient dans la foule, même le vilain grand ado habillé en noir.
Ce n’est pas un permuté pensa sa mère comme il se sent à l’aise dans ce festival!, comme il se tient droit et semblent kiffer la musique ! C’est mon enfant aussi, il n’est pas si laid, lorsqu’on le regarde de près.

La mère regarda ses enfants et leur dit :
Venez maintenant avec moi : je vais vous faire faire votre entrée dans le monde et vous présenter au VIP backstage. Seulement ne vous éloignez pas de moi, pour qu’on ne marche pas dessus et prenez bien garde à la sécu.

Ils entrèrent tous dans le carré VIP. Quel bruit on y faisait ! Deux groupes s’y disputaient le dernier rail de coke, et à la fin ce fut l’organisateur du fest qui l’emporta.
Vous voyez comme les choses se passent dans le monde dit la mère en reniflant, car elle aussi aurait bien voulu s’exploser la tête.
Maintenant, continua-t-elle, tenez-vous bien ensemble et saluez le vieux producteur là-bas. C’est le plus distingué de tous ceux qui se trouvent ici. Il est américain, c’est pour cela qu’il est si gros, et remarquez bien ce collier en or massif autour de son cou. C’est quelque chose de magnifique, et le plus grand signe de richesse bling bling qu’on puisse accorder à un producteur.
Cela signifie qu’il a vendu des millions d’albums, et qu’il doit être remarqué par les festivaliers comme par les VIP. Allons, tenez-vous bien !
Allons, tenez-vous bien ; non, ne mettez pas les pieds en dedans : un ado bien élevé écarte les pieds avec soin, pour bien montrer ses stan smith !!; regardez comme je les mets en dehors. Inclinez-vous et dites : « Bonjour ! »

Ils obéirent, et les autres VIP qui les entouraient les regardaient et disaient tout haut :
Voyez un peu ! En voilà encore d’autres, comme si nous n’étions pas déjà assez. Fi, fi donc ! Qu’est-ce que cet adolescent-là ? Nous n’en voulons pas.

Et aussitôt un DJ vola de son côté, se jeta sur lui et le lui envoya une droite.
Laissez-le donc, dit la mère, il ne fait de mal à personne.
- D’accord ; mais il est si grand et si moche,
dit l’agresseur, qu’il a besoin d’être battu.

Vous avez là de beaux enfants, dit le producteur américain. Ils sont tous gentils, excepté celui-là. Il n’est pas bien venu, je voudrais que vous pussiez le refaire. (Il lui fournit l’adresse d’un chirurgien esthétique). C’est impossible, dit la mère. Il n’est pas beau, c’est vrai ! Mais il a un si bon caractère ! Et il est cool en fest !
Oui, j’oserais même dire mieux que tous les autres. Je pense qu’il grandira joliment et qu’avec le temps il se formera. Il est resté trop longtemps dans sa chambre, et c’est pourquoi il n’est pas très-bien fait.

Tandis qu’elle parlait ainsi, elle le tirait doucement par le cou, et dépoussiérait sa veste à patch.
Du reste, c’est un bobo???, et la beauté ne lui importe pas tant. Je crois qu’il deviendra fort et qu’il fera son chemin dans le monde. Enfin, les autres sont gentils, maintenant, mes enfants, faites comme si vous étiez à la maison et si vous trouvez un rail de coke, apportez-le-moi.

Et ils firent comme s’ils étaient à la maison. Mais le pauvre adolescent fut, pour sa laideur, mordu, poussé et bafoué, non-seulement par les VIP, mais aussi par les roadies. Il est trop grand et trop moche disaient-ils tous

Un chanteur pop qui venait de faire un carton et qui avait la grosse tête marcha droit sur lui en grande fureur et rouge jusqu’aux yeux (la drogue tout ça tout ça). Le pauvre ado ne savait s’il devait s’arrêter ou marcher. Il eut bien du chagrin d’être si laid et d’être bafoué par tous les VIP du backstage.

Voilà ce qui se passa dès le premier jour, et les choses allèrent toujours de pis en pis. Le pauvre adolescent fut chassé de partout. Ses sœurs mêmes étaient méchantes avec lui. répétaient continuellement : « Que ce serait bien fait si quelqu'un, n'importe qui, t’emportait, vilaine créature ! » Et la mère disait : « Je voudrais que tu fusses bien loin. » En festival, Les VIP le tapaient, les festivaliers bobo en polo et stan smith le rejetaient, et les filles se foutaient de sa gueule quand il essayait de leur parler.

Alors il fugua de la riche propriété de sa mère. Les petits enfants dans la rue s’enfuirent en criant de frayeur. Et tout cela, parce que je suis vilain pensa l’ado. Il ferma les yeux et continua son chemin. Il arriva ainsi à un grand camp qu’habitaient des gitans (ou des migrants si on veut faire plus moderne !). Il s’y coucha pendant la nuit, bien triste et bien fatigué.

Le lendemain, lorsque les gitans se levèrent, ils aperçurent leur nouveau camarade. Qu’est-ce que c’est que cela ? Dirent-ils. Le jeune se tourna de tous côtés et les salua avec toute la grâce possible. (grâce, grâce, c'est vite dit, il savait quand même pas trop comment s'y prendre, check ?, poignée de main classique ?, calin ?, bise ?, …)

Tu peux te flatter d’être énormément laid ! dirent les gitans; mais cela nous est égal, pourvu que tu n’épouses personne de notre famille.  Le malheureux ! Est-ce qu’il pensait à se marier, lui qui ne demandait que la permission de coucher dans le camp et de boire de l’eau du robinet de l'aire d'accueil des gens du voyages.

Il passa ainsi deux journées dans ce camp de gitans. Alors arrivèrent deux nouveaux, assez jeunes. Ils n’avaient pas encore beaucoup vécu, aussi étaient-ils très-insolents. Écoute, camarade, dirent ces nouveaux venus; tu es si vilain que nous serions contents de t’avoir avec nous pour la manche dans le métro, tu rapporterais pas mal et facilement. Veux-tu nous accompagner et devenir un mendiant ? Ici tout près, dans a prochaine ville, il y a des meufs charmantes, presque pas farouches. Qui sait si tu n’y trouverais pas le bonheur, malgré ta laideur affreuse ! »

Tout à coup on entendit pif, paf ! et deux gitans tombèrent morts. Pif, Paf ! et les gitans commencèrent à s’éparpiller à travers le camp. Et on entendit encore des coups de fusil. C’était une grande rafle. Les policiers s’étaient embusqués tout autour du camp. Quelques-uns s’étaient même postés sur des branches d’arbres avec une vue bien dégagé  sur le camp (genre sniper, tout ça tout ça !). Une vapeur bleue (lacrymo ??) semblable à de petite nuages sortait des arbres sombres et s’étendait sur l’eau (oui, on aurait pu chanter SMOKE ON THE WATEEEEERRR !!! mais ce n'était pas vraiment le moment quand même !); Puis les C.R.S. arrivèrent au camp et les cabanes de fortunes tombaient de tous côtés.

Quelle épouvante pour le pauvre ado ! il se recroquevilla pour se cacher dans un coin, mais en même temps il aperçut devant lui un C.R.S. Il tenait son Tonfa de manière menaçante, et ses yeux étincelaient de cruauté sous son casque et bouclier. Le C.R.S. Se tourna vers l’adolescent, lui montra ses dents pointues et il alla plus loin sans le toucher. Dieu merci ! soupira l’ado, je suis si vilain que le C.R.S. lui-même dédaigne de me passer à tabac !

Et il resta ainsi en silence, pendant que les policiers et gitans courraient à travers le camp et que les interpellations se succédaient sans relâche. Vers la fin de la journée seulement, le bruit cessa. Mais le pauvre petit n’osa pas encore se lever. Il attendit quelques heures, regarda autour de lui, et se sauva du camp aussi vite qu’il put.

Il s'enfuit à travers des champs et des prairies. Sur le soir, il arriva à une misérable fermette de paysan, si vieille et si ruinée qu’elle ne savait pas de quel côté tomber : aussi restait-elle debout. Une tempête furieuse l’empêcha d’avancer. Elle soufflait si fort autour de l'ado qu’il fut obligé de s’arrêter et de s’abriter contre la fermette (mouais, une fermette pourrie pour ce protéger d'une tempête, ben voyons !!)  Tout allait de mal en pis.

Alors il remarqua qu’une porte avait quitté ses gonds et lui permettait, par une petite ouverture, de pénétrer dans l’intérieur : c’est ce qu’il fit. Là demeurait une vieille femme avec son fils et avec sa fille. Le lendemain on s’aperçut de la présence de l'ado. Le garçon commença à menacer, et la fille à glousser. Qu’y a-t-il ? dit la femme en regardant autour d’elle. Mais, comme elle avait la vue basse, elle crut que c’était une fille qui s’était égarée. Voilà une bonne prise, dit-elle ! Pourvu que ce ne soit pas un travesti ! Enfin, nous verrons !

Dans cette maison, le garçon était le maître et la fille la maîtresse ; aussi ils avaient l’habitude de dire Nous et le monde car ils croyaient faire à eux seuls la moitié et même la meilleure moitié du monde (dans une fermette délabrée au fin fond de la campagne … ben voyons !).

L'adolescent se permit de penser que l’on pouvait avoir un autre avis ; mais cela fâcha la fille.

Sais-tu ramener de l'argent avec ton corps ? demanda-t-elle.
- Non.
Eh bien ! Alors, tu auras la bonté de te taire.

Et le fils le questionna à son tour :
Sais-tu de faire désirer ? sais-tu imposer tes idées au bar du coin quand on parle politique  ?
- Non.
Alors tu n’as pas le droit d’exprimer une opinion, quand les gens raisonnables causent ensemble. »

Et l'ado se coucha tristement dans un coin; mais tout à coup un air vif et la lumière du soleil pénétrèrent dans la chambre, et cela lui donna une si grande envie de headbanger ( les cheveux chatoyants dans le soleil, au ralenti, un peu comme dans une pub l'oreal) qu’il ne put s’empêcher d’en parler à la fille.
Qu’est-ce donc ? dit-elle. Tu n’as rien à faire, et voilà qu’il te prend des fantaisies. Ramène de la thune, et ces caprices te passeront.
- C’est pourtant bien joli
de headbanger, dit le l'adolescent ; quel bonheur d'avoir la tête qui tourne, un peu comme ressentir l'ivresse et les courbatures qui s'accumule dans le cou
Ce doit être un grand plaisir, en effet 
! répondit la meuf. Je crois que tu es devenu fou. Demande un peu à Minet (pourquoi pas, on ne choisit pas son prénom même si ça doit pas forcement être évident à porter), qui est l’être le plus raisonnable que je connaisse, s’il aime à headbanger, même s'il passe pourun debile ... Demande même à notre mère : personne dans le monde n’est plus expérimenté ; crois-tu qu’elle ait envie de headbanger ?
Vous ne me comprenez pas.
(ça sent la porte qui  va claquer)
- Nous ne te comprenons pas ? Mais qui te comprendrait donc ? Te croirais-tu plus instruit que Minet et notre maîtresse ?
- Je ne veux pas parler de moi.
Ne t’en fais pas accroire, puceau, mais remercie plutôt le créateur de tout le bien dont il t’a comblé. Tu es arrivé dans une chambre bien chaude, tu as trouvé une société dont tu pourrais profiter, et tu te mets à raisonner jusqu’à te rendre insupportable
(ben c'est bien un comportement d'ado non ? et encore il veut pas d'un scooter ou du dernier iphone !). Ce n’est vraiment pas un plaisir de vivre avec toi. Crois-moi, je te veux du bien ; je te dis sans doute des choses désagréables ; mais c’est à cela que l’on reconnaît ses véritables amis. Suis mes conseils, et tâche de gagner de l'argent, ( et plein, et vite ...
- Je crois qu’il me sera plus avantageux de faire mon tour dans le monde, répondit l'adoscent.
- Comme tu voudras, » dit la fille.

Et l'ado s'en alla sur les route en headbangant ( ce qui n'etst pas forcement tres facile pour aller droit et qu'une voiture s'arrete quand tu fait du stop ...).
De nouveau seul, il s’en alla travailler dans les salles et festival, mais tous les employés, agents de sécurité et roadies le méprisèrent à cause de sa laideur.

L’automne arriva, ce fut la fin des festivals en plein air qui furent remplacée par de petites manifestations en intérieur. En haut, dans les rampes de projecteurs, le pauvre adolescent n’était, en vérité, pas à son aise.

Un soir, après un concert alors qu’il fumait une cigarette avant de démonter les projecteurs, un groupe de musiciens sorti de son tour-bus. L’ado n’en avait jamais vu de semblables. Ils étaient tout de noir vêtus, ils avaient les cheveux longs et souples. C’étaient des metalleux. Le son de leur voix était tout particulier. Ils regardaient des cartes routières (le GPS était en panne) pour chercher la prochaine ville de leur tournée. Ils parlaient de villes fabuleuses, que le vilain petit adolescent en était étrangement affecté. Il sorti de la salle, se recoiffa et regarda vers les metalleux qui s’en allaient. Il poussa un cri si perçant et si singulier (growl !) qu’il se fit peur à lui-même.

Il lui était impossible d’oublier ces musiciens magnifiques et heureux ; aussitôt qu’il cessa de les apercevoir, Il retourna dans la salle de concert, il était comme hors de lui. Il ne savait comment s’appelaient ce groupe et ce style de musique, ni où ils allaient ! Mais cependant il les aimait comme il n’avait encore aimé personne. Il n’en était pas jaloux ; car comment aurait-il pu avoir l’idée de souhaiter pour lui-même une grâce si parfaite ? Il aurait été trop heureux, si les gens avaient consenti à le supporter, lui, le pauvre être si vilain !

Il serait trop triste de raconter toute sa misère et toutes les souffrances qu’il eut à supporter pendant cet hiver rigoureux.

Le temps passait et le jeune homme travaillait toujours dans les salles de concerts. Mais sa situation ne s’améliorait pas. Il était toujours ignoré par les autres. Il serait trop triste de raconter toute sa misère et toutes les souffrances qu’il eut à supporter pendant cette période difficile.

Malgré tout il ne se laissait pas abattre, Il envoya des CV pour d’autre salle de concert. Et au printemps alors que le soleil commença à reprendre son éclat et sa chaleur, il fut engagé dans une grande salle neuve, avec une grande scène (faut croire qu’il travaillait bien quand même). Comme tout était beau dans cet endroit ! Comme tout respirait le neuf  !

Lorsqu’un jour, des des profondeurs du backstage, sortirent trois metalleux magnifiques. Ils venaient faire la balance pour leur concert du soir. Ils envoyaient du lourd et se mouvait avec grâce sur scène. Le jeune homme connaissait ces type de musiciens et fut saisi d’une tristesse indicible.
Je veux aller trouver, ces mecs. Ils me tueront, pour avoir osé, moi, si vilain, de m’approcher d’eux ! Mais cela m’est égal ! Mieux vaut être tué par eux que d’être frappé par la sécu, méprisé par les roadies, ridiculisé par les groupies !

Il s’élança vers la scène et alla à la rencontre des metalleux. Ceux-ci l’aperçurent et se précipitèrent vers lui les cheveux tout ébouriffés. Tuez-moi dit le pauvre ado; et, penchant la tête, il attendait la mort.

Mais que vit-il dans le reflet du matos déjà sur scène ? Il vit sa propre image au-dessous de lui. Ce n’était plus un adolescent mal fait, d’un tee-shirt gris noir informe, et d’une coupe de cheveux ridicule, il était lui-même un metalleux avec une veste à patch étincelante.

Maintenant il se sentait heureux de toutes ses souffrances et de tous ses chagrins. Maintenant pour la première fois il goûtait tout son bonheur en voyant la magnificence qui l’entourait, et les metalleux étaient réunis autour de lui et lui offrait du whisky et lui apprenait un check de la main super compliqué.

De fans entrèrent dans la salle, offrirent de la coke et des joints de beu aux metalleux et le plus petit d’entre eux s’écria : Eh! Il y a un nouveau membre dans le groupe!
Les autres fans réagirent  Le nouveau est le plus beau ! Qu’il est jeune ! Qu’il est superbe !

Et les vieux metalleux s’inclinèrent devant lui.

Alors, il se sentit honteux. Il ne savait comment se tenir, car c’était pour lui trop de bonheur. Mais il n’était pas fier. Un bon cœur ne le devient jamais. Il songeait à la manière dont il avait été persécuté et insulté partout, et voilà qu’il les entendait tous dire qu’il était le plus beau de tous ces metalleux ! Et les projecteurs répandait une lumière si chaude et si bienfaisante ! Alors sa poitrine se gonfla, son cou élancé se dressa, et il s’écria de tout son cœur : Comment aurais-je pu rêver tant de bonheur, pendant que je n’étais qu’un vilain petit bobo???.

Le vilain petit metalleux devint chanteur d’un groupe, et il écrivit de nombreuses chansons sur sa jeunesse qui eurent un grand succès et il vécut beau, riche et célèbre ! (jusqu’à son overdose mais c’est une autre histoire).